FACTION XIII Mon premier Roman

Couverture F 13

LES DEUX PREMIERS CHAPITRES DE LA PREMIERE PARTIE
TROIS PARTIES
30 CHAPITRES
40 000 MOTS

Les gens qui nous donnent leur pleine confiance croient par-là avoir un droit sur la nôtre. C’est une erreur de raisonnement ; des dons ne sauraient donner un droit.

                                                                            Friedrich Nietzsche

Ma femme, car sans elle je n’aurai jamais imaginé écrire.

Pour S.P

                                                 Première Partie

                            Un matin d’automne

                                                                              Chapitre 1

                                                                     JONAS

La douleur de l’âme pèse plus que la souffrance du corps.

Publius Syrus,

Les premières feuilles rousses tapissaient le chemin étroit qui menait à la maison familiale ou Jonas avait passé toute son enfance.

Le décès de sa mère au mois d’octobre 2013 l’avait profondément affecté. Durant 40 années ou Jeannette était restée proche de son fils, elle s’était conçu une clientèle agréable, faisant tourner son cabinet Dentaire au sein du petit village Tourangeau.

Le réveil sonna et d’un révère de main, Jonas assena un coup mortel en direction du cadran orangé, il se dit que l’agresseur l’avait bien mérité.

Une sensation de vertige l’envahissait chaque matin au réveil et il détestait la contrainte d’un levé brutal.

-Bienvenu dans un monde normal et conformiste…

Il se leva, puis comme tous les jours, il alluma une Lucky Strike en sortant dehors, un vent frai balayait la face burinée de son visage.

Mon meilleur moment, c’est celui-ci se répétait-il ! Convaincu que ces mots étouffés dans son esprit embrumé, l’aideraient à s’affirmer pour la journée.

Il respira profondément à travers les effluves de tabac, l’odeur puissante de  l’humus, mélange de terre détrempée et des feuilles en décomposition, le délire onirique de Jonas prenait forme.

En entrant dans la maison, brusquement le fil de sa pensée s’interrompit pour laisser place aux bourdonnements de la machine à café programmée, le plaisir du modernisme songea-t-il !

Il entra dans la grande cuisine équipé, des ornements à l’ancienne situaient chronologiquement le petit manoir. Une immense cheminé surplombait la face principale de la pièce ou son père y faisait brûler de belles bûches pour Noël.

Paul était partit à New York, le Rockefeller Center sur la 5e Avenue en Automne était sa destination préférée. Il Jouissait d’une retraite confortable après ses longues années passées à la tête du directoire de la banque Française de Paris.

Jonas ne comprenait pas son père…

– Le vieux bougre est bourré de tunes, au lieu d’arpenter les belles plages de Californie, il préfère la pollution de New York.

Paul avait fait la connaissance de Jenny dans le Vermont suite à un voyage organisé par les anciens du comité.

Les Forêts du Vermont en automne, les cookies de Jenny pour Thanksgiving, Paul avait retrouvé l’amour grâce à une petite Américaine de l’âge de son fils.

-Qui l’eut cru, pensa-t-il d’un air détaché.

Jonas était plutôt bel homme, une silhouette de taille normale laissait malgré tout transparaître des efforts sportifs réguliers. Brun aux yeux verts, les mains puissantes et vertueuses en faisaient son apologie. Un divorce après 14 années de vie commune laissait des traces… A 44 ans, Speed-dating et les sites de rencontres, ce n’était franchement pas son genre.

Jonas s’apprêtait à rejoindre le bureau du journal à la Tribune Républicaine quand soudain, son smartphone se mire à retentir sourdement.

Ce sentiment de chercher sans trouver, la panique de la coupure sans avoir même eu le temps de répondre…

Le téléphone se trouvait dans la poche de sa veste fétiche. Une veste Lewis Strauss magnifique, la pièce unique marchandée aux puces de Camden à Londres, dont les coutures retournées rendaient authentique le vêtement.

-Oui, Allô ?

Une voix sourde, dans un français peu académique, rappelant celle des opérateurs lorsque l’on souhaite joindre l’étranger, s’exprimait avec une application robotique.

-Mrs. Parrot, Mrs. Jonas Parrot?

-Oui, je vous écoute.

-Vous êtes bien Jonas Parrot le fils de Paul Parrot ?

D’un ton moins aimable, Jonas réitéra sa réponse.

-Oui, c’est bien moi !

-Mrs. Parrot, j’ai malheureusement de mauvaises nouvelles à vous apporter, votre père est décédé cette nuit dans sa chambre d’hôtel.

Jonas cru un moment, à une plaisanterie de mauvais goût.

-Simon, c’est vous ? Arrêtez Simon, votre blague est d’un goût mon vieux !

Ce Monsieur était un ancien collègue de Paul, divorcé 2 fois déjà, rondouillard et légèrement poupon, une sorte de geek des années 80, ne jurant que par les tablettes numériques, ordinateurs et autres.

L’homme à l’autre bout du téléphone, lui demanda de patienter quelques instants.

-Lieutenant, pourriez-vous venir un instant s’il vous plaît !

– Bonjour Monsieur Parrot, Lieutenant Edison Police du District de New-York, avez-vous un fax chez vous ?

-Oui j’en ai un répondit Jonas, curieux de connaître la suite du programme.

-Parfait, donnez-moi le Numéro s’il vous plaît, peut être que cela vous aidera à mieux comprendre notre appel, nous en sommes sincèrement désolés Monsieur Parrot.

L’homme raccrocha sèchement se qui laissa Jonas sans voix.

Cinq minutes plus tard, le Fax se déclencha et imprima l’article sur le papier recyclé qu’utilisait Jonas pour ses comptes rendu au journal.

« Accident, jeu sexuelle qui tourne mal ou homicide délibéré? La police de New-York envisage toutes les hypothèses pour expliquer le décès d’un sexagénaire Français dans la nuit de dimanche à lundi. Le corps de la victime devait être autopsié hier. Les résultats permettront peut-être aux policiers de connaître l’origine du décès et sa date exacte. Il est probable que la mort de cet homme remonte à plusieurs heures avant la découverte de son corps.

Toutefois, la conclusion après autopsie du médecin légiste s’orienterait vers une Mort naturelle, sous réserve de contre-expertise Française.

Selon les experts, la victime ne vivait pas dans cet hôtel, comme le font beaucoup d’étrangers qui sont de passage pour les affaires professionnelles. Le gérant de l’hôtel qui louait la chambre, a été placé en garde à vue. D’origine Mexicaine, âgé d’une cinquantaine d’années, il n’a pu dans un premier temps, fournir les explications à la présence de ce cadavre retrouvé dans ses locaux ».

Martin Cox pour le New-York Times.

Il n’y avait plus de doutes qui subsistaient, aux yeux de Jonas, Paul Parrot son père était bien Mort !

                                                              Chapitre 2

                                                  JENNY HARDING

Quand une femme est pour nous l’être d’élection, de charme constant, de séduction infinie, la caresse devient le plus ardent, le plus complet et le plus infini des bonheurs.

                                                                                         Guy de Maupassant

Salut à tous, c’est O’Brien sur radio *Burlington, il est 8h00 du mat et c’est une belle journée ensoleillée qui se prépare… Comme tous les ans, la radio animera la grande fête du Lac Champlain…

-Quel ringard ce mec, rétorqua Jenny à haute voix !

Elle venait tout juste de prendre la route pour se rendre à New York. Elle montrait un sourire large à l’idée de retrouver l’homme pour qui elle avait des sentiments.

Brusquement, O’Brien annonça après une bande annonce agricole, la chanson « Do You love me », Dirty Dancing, la chanson favorite de Jenny.

Elle ria et se mit à chanter à tue-tête dans sa voiture, un péquenot du coin sur son gros tracteur qui venait de la croiser, se demanda si elle avait bien toute sa tête.

Elle s’engagea sur la rocade puis bifurqua sur l’autoroute instantanément, le petit Springbok en guise de porte-clés attaché à son rétroviseur central, ballottait au gré d’une conduite légèrement saccadée.

Le téléphone sonna mais dans sa vieille caisse, le Bluetooth aurait été révolutionnaire en son temps. Elle laissa sonner pendant 30 secondes, puis se dit que la prudence l’emportait sur l’inconscience et que rien ne viendrait gâcher cette merveilleuse journée.

-Une halte pipi s’impose, aire de repos Port Kent à 10 kilomètres…

Elle s’extirpa de la voiture les jambes serrées, un réflexe peu sexy dans un cas comme celui-ci mais très efficace.

Les toilettes étaient couvertes d’une faïence bon marché. Elle était éblouie par le jeu des reflets rappelant ainsi, le labyrinthe aux miroirs dans les grandes fêtes foraines.

Pendant qu’elle se lava les mains, elle remarqua dans l’angle mort du lavabo, un homme qui l’observait. Elle se sécha à l’appareil et se retourna discrètement. L’homme avait disparu, elle se dit que c’était son Imagination qui lui avait joué un tour…

Jenny piqua un sprint pour reprendre la route, son cœur battait à un rythme accéléré dû à l’effort physique quand le téléphone reprit du service. C’était Natacha sa mère, une ancienne institutrice à la retraite…

-Salut minette, tu es partie très tôt ce matin !

-Bonjour maman, oui je vais chercher Paul à l’hôtel.

-Je t’avais préparé des cookies hier au soir, ceux que tu préfères, aux Cranberry et pépites de chocolat blanc.

-Tu es une mère extraordinaire Nat !

Jenny et sa mère entretenaient une relation spéciale, depuis la mort de Monsieur Harding, les deux femmes vivaient proches l’une de l’autre.

-Je te laisse maman, je dois reprendre la route.

-OK, fais attention et appelle moi dès ton arrivée à l’hôtel !

-Bises maman, je t’appelle promis.

Elle engloutie une barre chocolatée du drugstore Church Street et fila à toute allure pour ne pas se mettre en retard, Paul l’attendrait certainement mais elle le savait patient et compréhensif.

La ceinture de sécurité fendit l’air avec un sifflement aigu, puis elle repartie.

Après réflexion, elle se demanda si la silhouette dans le reflet des toilettes était réellement le fruit de son imagination…

-Bref, elle sortit un moment de ses pensées et se dit que c’était bien la première fois qu’on lui donnait un rendez-vous dans un hôtel, Jenny était une jeune femme sage et bien rangée.

Elle travaillait pour un petit journal à Burlington et elle s’occupait de la rubrique People, c’était peut-être une fille discrète mais elle adorait les potins du gratin local.

Sa mère pensait qu’elle faisait une erreur en s’accrochant à Paul, un étranger pas tout jeune de surcroît. Jenny trouvait peut-être en lui ce qu’elle avait perdu à la mort de son père…

C’était une jolie petite brunette aux cheveux longs avec deux billes de couleurs noisette. Elle lissait ses cheveux mais sa mère lui disait souvent que ça fragilisait la racine.

-Je suis certainement la seule fille dans ce monde à devoir cacher mon fer à lisser dans mon armoire, comme s’il s’agissait d’un livre porno ou encore un flingue.

Un bip strident vint casser l’ambiance et fit sortir Jenny de ses pensées.

-Un appel en absence, j’ai dû le recevoir au moment où je n’avais plu de couverture réseau !

Elle repoussa le smartphone sur le siège du passager et jeta brièvement un œil dans le rétro interne de sa voiture. Elle remarqua une grosse Berline Noire anormalement proche de son véhicule avec deux hommes à l’intérieur.

Au même moment, la grosse berline dépassa sa voiture tous phares allumés et les deux hommes discutaient sans même faire attention à ce qu’il pouvait bien se passer à l’extérieur.

-Serais-je devenu parano pensa Jenny !

Elle empoigna le téléphone sur la banquette avant pour regarder le numéro laissé en absence, c’était un numéro New-yorkais et elle en composa les 10 chiffres.

-Allô, je suis Jenny Harding, vous avez tenté de me joindre sur mon portable et je n’avais pas de couverture réseau malheureusement.

Une voix rauque résonna à l’extrémité du téléphone

-Bonjour mademoiselle Harding, je suis le lieutenant Edison de la police du district de New York.

Elle manqua d’oxygène un instant pour répondre au Lieutenant, puis un temps suspendu à son smartphone pour mettre ses idées au clair, Jenny se dit qu’il c’était passé quelque chose d’anormal.

-Que puis-je pour vous Lieutenant Edison, rien de grave rassurez-moi ?

-Pour le moment j’en sais rien, peut être que ça viendra plus tard !

Un frisson saisit Jenny et elle se sentit tremblante au point d’être obligé de ralentir sur l’autoroute. Ce réflexe la mettait inconsciemment en danger mais c’était le temps de pouvoir retrouver un second souffle.

-Que voulez-vous dire lieutenant ?

-Mademoiselle Harding, je ne peux rien vous dire pour le moment et surtout pas au téléphone.

Les paroles du policier ne pressentaient rien de bon pour Jenny.

-Quand pensez-vous arriver sur New York Miss Harding ?

-Dans une heure inspecteur !

-Lieutenant mademoiselle Harding, je suis lieutenant !

Jenny se sentait désorientée, ne sachant pas ce qu’attendait ce lieutenant ou inspecteur, d’ailleurs elle s’en fichait bien de son grade, elle voulait savoir ce qu’il lui voulait précisément.

-Alors nous nous verrons aux bureaux de la police à votre arrivée, mademoiselle Harding.

Le lieutenant raccrocha aussitôt s’en même donner plus de précisions à Jenny.

Un instant paniquée, Jenny décida de se reprendre et surtout de revenir à une vitesse normale.

-Je meurs de soif !

Elle souffla un bon coup et elle descendit d’un trait la petite bouteille d’eau minérale posée au pied de son sac à mains.

Un sentiment d’inquiétude et de colère la traversait après cette discussion avec le flic. En se souvenant ce que le lieutenant Edison lui avait dit, Jenny eu la nausée, puis soudainement la chair de poule gagna la surface de ses bras.

Elle sortit son portable et composa le numéro de Paul.

N’obtenant pas de réponse  à son appel, elle passa en revue les différents moments passés au téléphone avec l’officier de police, comme si mentalement elle cherchait déjà à se préparer à de mauvaises nouvelles.

Jenny était consterné et impuissante à décrire ce qui se passait en elle. Elle aurait de la peine à entendre et à réaliser ce qui se passerait s’il était arrivé quelque chose à Paul. On ne parvient pas toujours à y croire quand un drame survient.

-C’est un vrai cauchemar! », Pensa-t-elle en silence.

Elle se sentit soudainement envahie par l’angoisse. La réalité de la mort d’un proche lui rappela sa propre mort qui approchait peut-être. Elle se sentit alors désarmée devant son imminence. Elle avait l’impression d’avoir perdu la maîtrise de sa vie en ayant perdu son être cher. Elle prit conscience de ses limites humaines. Elle se sentit impuissante à changer le cours des choses.

Pour Jenny, cet état angoissant disparaîtrait qu’à condition qu’elle accepte ses limites et qu’elle finisse par prendre conscience de son incapacité à sauver Paul et le monde…